Mon Univers

Home Anomalies Choquant Ciel Curiosité Divers sites Humour I.A Savez-vous ?

Le pont du Gothard - Suisse


   Mais le Gothard avait déjà une histoire.  

Une légende raconte la construction du pont qui ouvre le premier passage dans le Gothard. Elle remonte au début du XIIIème siècle.

Bienvenue en 1241 ! Il y a encore 10 ans, les Alpes étaient infranchissables. Aucun passage n’existait en Europe entre le Nord et le Sud. La faute aux Gorges de la Schöllenen, dans le massif du Gothard. Des gorges profondes parcourues par un torrent tumultueux et surmontées de falaises tellement abruptes qu’il était impensable d’y faire serpenter le moindre sentier.

Mais il y a une dizaine d’années, un passage a été ouvert dans les Alpes, en jetant un pont de pierre au-dessus des eaux. Dans un environnement d’une hostilité tout à fait dissuasive. C’est un chef-d’œuvre de ferronnerie, complété d’astucieuses passerelles en bois accrochées le long des falaises par des anneaux métalliques fixés dans la paroi.

Quelle inventivité, quel talent pour une époque si reculée, n’est-ce pas? Vous vous demandez qui est le génie qui a bien pu ériger un tel monument dans un endroit aussi dangereux ?.












   Contrat avec le diable  

« Au Moyen Âge déjà, voyageurs et marchands doivent affronter le Gothard pour passer du Nord au Sud. Les gorges de Schöllenen constituent un obstacle infranchissable. Le Landmann (premier magistrat du pays) d’Uri emmène alors quelques courageux ouvriers dans les grottes, avec le projet de construire un pont. Hélas, après un examen approfondi des environs, la troupe se rend à l’évidence: les roches glissantes rendent le projet impossible. «Que le Diable construise ce pont lui-même!» peste, furieux et déçu, le Landmann sur le chemin du retour.

La nuit venue, un sombre individu toque à la porte de l’élu. «Tu m’as attribué une charge aujourd’hui. Dans trois jours votre pont sera terminé, promet le triste sire. En échange, j’emporterai avec moi le premier qui le traversera.» A l’issue de vives discussions avec ses pairs, le chef uranais accepte, faute d’autres solutions, l’offre du Diable. Trois jours plus tard, un magnifique ouvrage surplombe les eaux tourbillonnantes de la Reuss. De l’autre côté, le Malin attend patiemment sa récompense. »

En échange de ce chef d’œuvre de génie civil, le Diable nous a imposé un contrat. Sordide. Et nous l’avons accepté. Il a exigé… la vie du premier habitant qui franchirait le pont.

Vous imaginez? Un vrai dilemme pour tous les villageois de Göschenen, qui se sont longuement réunis avant de prendre leur décision et désigner le malheureux qui sera sacrifié sur le « Pont du Diable ».

Mais le Diable a trouvé plus malin que lui. Les habitants de Göschenen sacrifient… un bouc. *(Parmi les habitants, le malaise s’installe. Personne n’a envie d’aller tester les affres de l’Enfer. Un paysan libère alors l’un de ses boucs. L’animal s’élance à travers le pont, pensant rencontrer un rival sur l’autre rive ).

Voilà comment ils ce sont acquittés de leurs dette envers ce sinistre personnage. Le pont est baptisé « Pont du Diable » (Teufelsbrücke). Il ouvre la voie à la fantastique épopée du Gothard.

Évidemment, ça ne lui a pas beaucoup plus au Diable.

Espérant détruire le pont, il a arraché un rocher gigantesque de la falaise – 2000 tonnes, 12 mètres de haut tout de même, qui a manqué sa cible et est venu s’écraser… à quelques enjambées du village.

*(Comprenant que l’on se joue de lui, le démon entre dans une rage folle. Il part chercher un morceau de roche pesant 2000 tonnes et mesurant 12 mètres de haut, avec la ferme intention de détruire le pont.

Arrivé à Göschenen, il croise le chemin d’une vieille femme. « Pourquoi courez-vous ainsi ?, lui demande-t-elle. Arrêtez-vous quelques instants pour reprendre votre souffle ! » Le Malin écoute le conseil et s’assied. Après tout, il n’est pas à une minute près. La vieille femme plante discrètement une croix dans la roche, puis, courageuse mais pas téméraire, s’éclipse. Après sa pause, le diable tente de reprendre la pierre. En vain. Celle-ci refuse désormais de bouger. Découvrant la croix qui annihile ses forces démoniaques, il comprend qu’il a été trompé une deuxième fois).

Ouf! Le pont était sauf, le village aussi.

(Plus plausiblement, la construction du pont est attribuée aux Walser qui réalisèrent d’autres ouvrages remarquables en Valais avant de rejoindre cette vallée uranaise, sans doute en empruntant la Furka.)

Rapidement, ce nouveau passage dans le Gothard se métamorphose en véritable route commerciale.

1493 – 1503 : Viandes, peaux, beurre et fromage transitent désormais à dos de mule sur le vertigineux pont du Diable. Mais aussi, mais surtout, le sel, aussi précieux que de l’or.

170 tonnes de marchandises transitent annuellement par le Gothard. Elles sont transportées par les associations de muletiers, très organisées. Fondées par des habitants de la région, elles exercent un monopole et imposent une taxe aux commerçants (Forletto ou Fuhrleiti). Elle permet de financer l’entretien et le déneigement du passage.

Ce monopole ne s’interrompra qu’au XIXe siècle et la construction de la première route carrossable.

1653 : Première liaison postale hebdomadaire dans le Gothard, entre Milan et Lucerne. Le voyage prend alors quatre jours.

1696 : Service de courriers à cheval deux fois par semaine entre Zurich et Milan.

1707 : l’ingénieur Pietro Morettini a construit le premier tunnel alpin. S’étirant sur 60 mètres.

1830 – 1870 : Construction d’une route carrossable. Le transport de passagers et d’envois spéciaux se fait désormais par voiture. L’aller-retour en diligence est journalier entre Chiasso et Flüelen dès 1842. 70’000 voyageurs et 10’000 à 20’000 tonnes de marchandises transitent annuellement par le Gothard autour de 1870, Soit près de 70 fois plus qu’en 1500 ! Va bientôt falloir trouver une solution… encore plus rapide et efficace.

1869 : Avec l’ouverture du Canal de Suez, les habitants des vallées du Gothard craignent que le trafic commercial européen se détourne vers les ports. L’Allemagne, l’Italie et la Suisse concluent un accord en 1871, planifiant la construction de la ligne des Chemins de fer du Gothard.

En 1869, le rail s’impose comme le transport de l’avenir. Le premier passage ferroviaire à travers les Alpes commence, il s’agit du chantier le plus ambitieux de la Suisse du XIXe siècle..La Suisse a inauguré sa première ligne ferroviaire en 1847 et l’Europe entière tisse déjà des dizaines de milliers de kilomètres de voie ferrée. Décision est donc prise de relier le Gothard au réseau ferré européen.

















Les conditions de travail du premier tunnel  

2500 ouvriers travaillent au pic, à la pelle et avec des perforatrices à air comprimé. Trois équipes se relaient 24 heures sur 24, des deux côté de la montagne, autour de la pièce-maîtresse de l’ouvrage, un long tunnel de 15 kilomètres qui s’engouffre à l’intérieur du massif du Gothard. Malgré le rythme extrême, le chantier cumule les imprévus techniques principalement liés à la nature du sol, les accidents et les retards. L’ingénieur genevois Louis Favre promettait de terminer l’ouvrage en huit ans ; ses ambitions paraissent vite utopiques. Il met encore plus de pression sur les travailleurs. Sur le chantier du siècle, les conditions de travail sont particulièrement précaires. Les ouvriers, travailleurs italiens pour la plupart, sont payés entre 3 et 5 francs par jour, somme à laquelle sont soustraits 2,50 francs pour le logement et la nourriture ainsi que 30 centimes pour l’huile des lampes. Les accidents se succèdent, les morts se compteront en centaines ; 177 uniquement lors de la construction du tunnel.

28 juillet 1875 : en 1875 ! Le chantier du siècle bat son plein dans les Alpes. 2500 ouvriers travaillent à un rythme effréné dans un climat poussiéreux, étouffant et… dangereux, notamment avec l’introduction des techniques les plus innovantes, parmi lesquelles le dynamitage. Trois équipes se relaient 24 heures sur 24, des deux côtés des Alpes.

Mais les problèmes techniques s’enchaînent et les promesses de l’ingénieur genevois Louis Favre, il espérait terminer le chantier en huit ans! – paraissent bien utopiques. Il met donc encore plus de pression sur les ouvriers. Qui n’en peuvent plus.

Tellement qu’ils viennent de se mettre en grève, réclamant une réduction du temps de travail (de 8 à 6 heures par jour) et le versement de leur salaire en argent comptant.

On ne rigole pas avec le « chantier du siècle » et les revendications des ouvriers sont matées sans cas de conscience. La gendarmerie d’Uri, appuyée de miliciens civils armés n’hésite pas à tirer, on déplorera, malheureusement, la mort de 4 ouvriers.








Jusqu’à la construction du second tunnel  

Les chemins de fer du Gothard sont alors la compagnie ferroviaire privée la plus moderne et la plus technique du pays ; freinage automatique, wagons à quatre essieux, compartiment salon, etc. L’ensemble de la ligne ferroviaire du Gothard, de Bâle à Chiasso, est électrifiée.

1980 : Un siècle s’est écoulé depuis l’inauguration de la première voie ferrée et le trafic n’en finit pas d’augmenter. Électrifiée dans les années 1920, la ligne du Gothard est désormais gérée, comme l’ensemble des voies ferrées de Suisse, par les CFF, Chemins de fer fédéraux et en 1960, le trafic ferroviaire connaît son pic de fréquentation. Mais dès les années 1970, le rail perd de son intérêt. Le trafic poids lourd s’intensifie dans les Alpes et il est envisagé, au tournant des années 1980, de construire un tunnel routier. Seulement voilà : pour construire la nouvelle route, il va falloir déplacer… la « Pierre du Diable » !

Vous savez, celle-là même que le Diable en personne avait fait tomber du massif, espérant détruire le pont sur les Gorges de la Schöllenen.

Déplacer une pierre diabolique, ça n’augure rien de bon. On assiste bientôt à une mystérieuse augmentation des accidents au kilomètre 16. Il n’en faut pas plus pour que ces accidents soient attribués à la malédiction de la « Pierre du Diable ».laquelle continuerait ainsi son œuvre maléfique pour punir les habitants d’Uri de leur malice… Aujourd’hui encore, le gigantesque bloc rocheux se dresse près de Göschenen, à 127 mètres de l’emplacement initial de sa chute.

1992 : En 1992, le peuple suisse a accepté la construction de transversales alpines qui prévoient la construction d’un nouveau tunnel ferroviaire long de 57 kilomètres, un géant! Les travaux devraient s’échelonner jusqu’en 2017.

L’objectif est clair : transférer progressivement la route au rail. Car la gestion du trafic – notamment lourd – à travers les Alpes est problématique. Un million de camions viennent s’y entasser chaque année! De plus, le tunnel routier est bi-directionnel. Ce qui signifie que le trafic (plus de 17.000 véhicules chaque jour) se croise, enfermé dans un tube unique de 17 kilomètres de long.

Un vrai danger. Comme en atteste le terrible accident qui va se produire le 24 Octobre 2001 à 9h39, UN CAMION SORT DE SA TRAJECTOIRE, LE TUNNEL S’EMBRASE. 11 PERSONNES MEURENT.

Effectivement. Les flammes envahissent le tube sur plus de 300 mètres, la température atteint… 1200 degrés tuant 11 personnes.

[suite à un incendie ; 11 morts dans le tunnel du Gothard…Les raisons exactes de l’accrochage à l’origine de l’incendie restent toujours mystérieuses, ça sent le rituel sacrificiel, 11 morts, Le 24- 10- 2001 à 9h39 , 2+4 =6 , à 9h39, signature occulte 666, toujours ce satané nombre de la bête … Il s’agit de l’accident de la route le plus meurtrier survenu en Suisse, (jusqu’ en 2012). Il a motivé la révision des infrastructures de sécurité du tunnel routier qui se présente aujourd’hui comme l’un des plus sûrs du monde.

Ce qui ne dispense pas nos autorités de poursuivre leur projet de développement du rail, qui continue donc à creuser ses trous dans les Alpes.

1994 : L’initiative des Alpes est acceptée. Elle encourage le transfert de la route au rail.

15 octobre 2010 : Percement du tunnel ferroviaire du Gothard. Les ouvriers font la jonction par le Nord et par le Sud. Le moment est historique, l’ensemble des chaînes de télévision suisses et internationale le retransmettent en direct.

À 2000 mètre sous terre, en plein cœur des Alpes suisses, le nouveau tube, fierté du génie civil suisse, s’étire sur 57 kilomètres, 7 de plus que le tunnel sous la Manche ; il devient le plus long tunnel du monde. 15 années auront été nécessaires pour parvenir à cette jonction historique.

Mais les 2000 ouvriers n’en ont pas fini. Le chantier de la ligne ferroviaire du Gothard devrait s’échelonner jusqu’en 2017.

Il a bien changé, le tranquille et reculé village de Göschenen depuis l’époque de ses sentiers de mules du XIIIème siècle! Au cœur de la Suisse dite primitive, le passage du Gothard naquit au même moment que la Confédération, à l’abri des mêmes vallées reculées.

Il devint un enjeu stratégique, économique mais aussi militaire, en particulier lorsque le Général Guisan y concentra les troupes et mina les passages stratégiques pour dissuader tout envahisseur. Et la stratégie fonctionna (le Réduit national). Mythique passage qui façonna le pays et accompagna les moments les plus marquants de notre histoire, il fut un obstacle qui devint un passage. Celui qui séparait autrefois les cultures latines et germaniques est aujourd’hui un trait d’union entre l’Europe.Et son histoire est en marche, elle se poursuit au gré des chantiers dont le prochain majeur, le tunnel ferroviaire « de base », aboutira en 2017, ouvrant de nouvelles perspectives au passage le plus mythique de notre histoire.Et dire que tout a commencé… par un contrat avec le Diable !.








Gothard, la vengeance du diable continue  

Le tunnel attendu par toute la Suisse et l’Europe comme une grande nouvelle, n’en est pas une pour le Canton d’Uri. Le chantier sera achevé en 2017 mais dans le petit canton alpin, c’est comme si les intérêts de la dette avec le diable s’accumulaient à chaque percée technologique. La dernière en date fut le tunnel autoroutier qui déverse aujourd’hui ses 3.500 camions quotidiens dans la fragile vallée de la Reuss. Bref, le Gothard n’est pas une bonne nouvelle pour les Uranais.

C’est ça que les Uranais appellent « la vengeance du Diable » : les flots de marchandises transportées par camion, l’air vicié, le bruit, le CO2. Et dans les vallées encore vertes et blanches du Gothard on est convaincu que le dérèglement du climat provient de là. A Uri, chaque exploit technique permettant le passage plus rapide des marchandises par le Gothard fait ressurgir le spectre du Pont du Diable. Selon la légende, seule la complicité du démon a permis la construction au 13 siècle de ce premier passage au-dessus des flots rageurs de la Reuss. Huit cent ans plus tard, le tunnel de base du Gothard traversera le massif, les trains fonceront à 250 km/h sous la montagne. Et en attendant, le diable, intraitable, réclame son dû.

Uri est comme le séismographe climatique et psychologique de l’état de la planète.

Depuis plusieurs été, les paysans sur les alpages constatent l’accumulation de catastrophes naturelles, sans compter la fonte des glaciers et du permafrost. Pour les paysans uranais, la course contre la montre a commencé et leur témoignage entre deux éboulements est poignant.

Alors il y a l’espoir que le nouveau tunnel ferroviaire de base du Gothard calme le jeu, que le transit des marchandises se fasse réellement par le rail. Que le colosse devienne réellement le plus grand projet écologique du siècle.

Tandis que du côté des ingénieurs, on est convaincu d’agir pour le bien, à Uri on doute.

Il y a d’abord la conscience que seule, la Suisse ne peut rien. Une visite de parlementaires allemands dans le chantier du tunnel en cours de reportage est à cet égard édifiante. « La Suisse a fait ses devoirs, on va devoir faire les nôtres pour mettre aussi un peu de marchandises sur le rail », lance un politicien allemand goguenard. « Pour que la dépense en vaille la peine pour la Suisse», renchérit-il.

Il y a ensuite des signes curieux : des sources millénaires se sont soudain asséchées au passage du tunnel sous leur sol. Pour le président de la Commune de Silenen la chose est très grave et le coupable tout trouvé : le chantier des NLFA.

Enfin, il y a l’essentiel : n’est-il pas trop tard ? Pour Peter Amacher, le géologue mandaté par le canton d’Uri pour dresser la carte des risques, la vengeance du Diable a définitivement déréglé le climat, des vallées alpines entières ne seront bientôt plus habitables.


Ponts du Gothard 01 site.jpg Pont Gothard 02 site.jpg tunnel site.jpg tunnel interieur site.jpg tunelier site.jpg train site.jpg Pont Gothard 03.jpg Pont Gothard 04.jpg Pont Gothard 06 rocher.jpg Pont Gothard 07 gare.jpg


Retour vers le dossier


Retour vers la page d’accueil